Le projet CoErSum

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Texte de Marie Alster à propos du projet COERSUM (COgito ERgo SUM)

Si l’on prend appui sur les critères du Professeur J. Monod pour définir le vivant (téléonomie, auto construction et reproduction), on peut dire que dans une certaine mesure au moins, un ordinateur est « vivant ». est‑ce pour autant un « être » vivant ?

Car si être c’est pouvoir penser (> cogito ergo sum … ), l’ordinateur peut‑il se poser comme « sujet », et au delà encore, comme « sujet pensant » ? On sait l’ordinateur dénué d’autonomie et par là, i‑rresponsable. Pourtant, les travaux sur l’Intelligence artificielle et la mise en place de moteurs d’inférences ont permis à l’ordinateur de réaliser des déductions logiques, sa base de données lui servant de connaissances premières. Il devient alors un système expert capable de générer de la pensée.

Imaginons maintenant un scientifique qui voudrait faire de l’ordinateur un « sujet ressentant », un «sujet aimant ». Vaste projet que celui de fournir à l’ordinateur une base de connaissances amoureuses… Car encore faut‑il savoir ce qui fait l’essence de l’Amour.

On imagine que le savant a dépassé cette étape et qu’il tient enfermées dans des flacons les différentes composantes du sentiment amoureux. Sa démarche serait à présent de les faire entrer dans la mémoire vive de l’ordinateur. Surmontant l’obstacle de la traduction de ces composantes en langage informatique, il tente de les inoculer à l’ordinateur comme un sérum à un être humain: par INTRAveineuse. L’ordinateur est traité ici comme un «sujet » physique dont on pourrait changer la physiologie.

Et de fait, l’ordinateur est dans une démarche de prise progressive d’ autonomie. En pensant, il apprend à penser. Sa quête se fait métaphysique: il recherche son identité, sa finalité; il tente d’appréhender l’Autre. Il cherche à « devenir ».

En abordant le projet CoErSum, Laurent Rousset passe du questionnement sur le sentiment amoureux qui sous tendait ses premiers travaux à un plus vaste « Qu’est‑ce que vivre ? ». Et s’il a élargi son angle de vue, sa démarche reste la même: méthodiquement, il part de l’expression première des choses pour leur redonner du sens. Tantôt linguiste, scientifique, penseur, son travail est une déclinaison sans fin de l’Amour et de l’Être qu’il interroge et dissèque, comme si la vérité se cachait dans la diversité des réponses ou dans la question elle‑même, comme si l’essence du sentiment amoureux pouvait nous être accessible. Voilà bien ce qu’il y a de plus touchant chez Laurent Rousset: son obstination à rechercher ce qu’il sait ne jamais pouvoir atteindre.